Les lambris, bien plus qu’un simple ornement mural, sont le reflet d’un art de vivre et d’une esthétique qui marquent profondément les intérieurs aristocratiques et bourgeois du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècle.
À partir de la seconde moitié du XVIIᵉ siècle, le lambris connaît en France une évolution remarquable qui en fait un élément central de l’aménagement intérieur. Longtemps utilisé pour protéger les murs de l’humidité et du froid, il acquiert alors une dimension esthétique nouvelle, étroitement liée aux transformations sociales, artistiques et culturelles de l’époque classique puis des Lumières.
Le règne de Louis XIV marque un tournant décisif. Dans le contexte de la centralisation monarchique et du rayonnement de la cour, l’architecture et les arts décoratifs deviennent des instruments de prestige. Les grands appartements de Versailles imposent des modèles raffinés, bientôt diffusés dans les hôtels particuliers et les demeures de province. Le lambris, généralement en chêne, est alors sobre mais monumental, rythmé par des panneaux encadrés de moulures et parfois rehaussé de dorures. Il participe à une ordonnance générale où chaque élément, du plafond au parquet, concourt à exalter l’harmonie et la grandeur du lieu.
Au début du XVIIIᵉ siècle, le goût évolue sous la Régence puis sous Louis XV. L’esthétique rocaille introduit davantage de légèreté et de fantaisie dans le décor. Les boiseries se couvrent de moulures chantournées, d’asymétries savamment composées et de motifs inspirés de la nature : coquilles, feuillages, rocailles. Le lambris, désormais peint dans des tons clairs, contribue à créer des intérieurs plus intimes et confortables. La hauteur des boiseries varie : certaines pièces sont lambrissées jusqu’au plafond, tandis que d’autres combinent un soubassement en bois avec des dessus ornés de toiles peintes ou de miroirs, multipliant les effets visuels.
Le style Louis XVI introduit à partir des années 1760 un retour à la rigueur classique, en réaction à l’exubérance rococo. Les lambris adoptent des lignes droites et des compositions géométriques, marquées par des pilastres cannelés, des frises de perles ou de feuilles d’acanthe stylisées. Les couleurs deviennent plus sobres, privilégiant le blanc et les teintes pastel, souvent rehaussées de filets dorés. Ce décor, qui annonce le néoclassicisme, témoigne de l’influence des découvertes archéologiques de Pompéi et d’Herculanum, qui suscitent un nouvel engouement pour l’Antiquité.
Derrière ces évolutions stylistiques, le lambris traduit aussi des mutations sociales. Au XVIIᵉ siècle, il symbolise la magnificence de la monarchie et de l’aristocratie. Au XVIIIᵉ siècle, il reflète le raffinement des élites urbaines, qui cherchent à concilier confort domestique et représentation. Les boiseries deviennent un support privilégié pour l’affirmation d’un goût personnel, voire d’une identité sociale.
Aujourd’hui, l’étude des lambris de cette période revêt un double intérêt. D’un point de vue patrimonial, ils constituent un témoignage irremplaçable de l’art décoratif d’Ancien Régime, souvent conservé dans les hôtels particuliers, les châteaux et certains édifices publics. D’un point de vue technique, ils révèlent la maîtrise des menuisiers, sculpteurs et peintres-doreurs qui travaillaient en étroite collaboration avec les architectes.
En définitive, le lambris de la seconde moitié du XVIIᵉ et du XVIIIᵉ siècle n’est pas un simple habillage de parois : il est l’expression d’une culture matérielle et artistique en constante évolution, oscillant entre ostentation et intimité, grandeur monarchique et confort bourgeois.
